Perte d'odorat et orange FLETC

La route de l’arôme

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« Un matin, ça commence par la confiture, une sensation douce mais sans force… Je ne suis pas sûr de ce qui se passe… J’attrape une orange… Il manque quelque chose d’indéfinissable à ce fruit… Je l’ouvre… Je la porte à la bouche… Sa texture comme inanimée… Je déboule dans la salle de bain. Je débouchonne le flacon de Tea Tree, expérience ultime, je le colle sous mes narines… et là, rien ! Pas de goût, pas d’odeur ! Tout semble éteint, inaccessible, le merveilleux comme le danger. Je pense Covid, et je me dis que ça n’a rien été, et pourtant… »

Le monde sans goût et sans odeur est trouble. On est comme condamné à rester à l’extérieur du réel. Que cela vienne à perdurer, et le cours de la vie en est chamboulé. Ce trouble, qu’on voudrait léger, nous fait basculer dans un impensable handicap. Que reste-t-il d’un cuisinier dont le goût s’est évanoui, d’un parfumeur ou d’un œnologue dont le nez est dévitalisé ? Et que faire ? Beaucoup attendent avec une inquiétude fébrile. D’autres entament des rééducations. Face à ces anosmies1 et agueusies2, l’acupuncture est une voie qui conduit à de vraies améliorations.

La clé des sens

La clé de cette action est la manière dont la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC) envisage les sens. Dans la théorie des cinq éléments, ils sont reliés aux organes, ceux-là mêmes qui régissent la physiologie du corps. La dysfonction d’un sens signale la dysfonction d’un organe. L’anosmie et l’agueusie sont les symptômes d’une atteinte du Poumon qui gouverne le respiratoire et l’olfaction, et de la Rate qui a en charge le digestif et le goût. Dès lors, si l’affaiblissement de l’énergie d’un organe peut conduire à la perte du sens correspondant, la réciproque est vraie : pour recouvrer le sens perdu, il faut rétablir l’équilibre en tonifiant le Qi de l’organe atteint. Pour ce faire, l’acupuncture dispose de nombreux points, notamment ceux des méridiens du Poumon et de la Rate tels que 3Rte, 7P, 9P.

Deux points c’est tout !

A ces points des méridiens ShouTaiYin (Poumon) et ZuTaiYin (Rate), qui traitent le fond du déséquilibre, s’ajoutent des points aux actions plus spécifiques. Le 20GI est ainsi un point important pour les pertes d’odorat. Nommé YíngXiāng 迎香, « l’accueil des parfums », il siège près des narines3, libère les voies nasales et traite rhinopathies et bronchites chroniques. Il est situé sur le méridien du Gros Intestin (GI) qui a une affinité particulière avec le Poumon (relation Biao/Li).

Agissant un peu comme un bouton « reset », ce point favorise le retour de l’odorat. Il est d’ailleurs bien connu des praticiens en MTC dans le cadre des séances de sevrage du tabac, provoquant chez le fumeur une répugnance vis-à-vis de l’odeur de la cigarette.

Quant à la perte du goût, un autre point d’acupuncture plus méconnu, classé parmi les « hors méridiens » et appelé le « point sucré », traite le déficit gustatif. Situé sur le poignet entre le 5GI et le 7P, il permet, moyennant une forte manipulation d’aiguille de faire saliver, et de recouvrer le goût.

C’est là assurément un « menu » qui ne manque pas de piquant.

1 : perte de l’odorat

2 : perte du goût

3 : entre le sillon naso-labial et le milieu du bord externe de l’aile du nez